Sunday, 19 November 2017
 
 
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Dorothy Alexandre: boycott des coiffeuses dominicaines? Pas sûr!!

«Des femmes haïtiennes décident de boycotter les salons de coiffure dominicains.» a titré le 11 mars derniers le site haïtien wapkonjorge.info. Depuis, un débat houleux a lieu sur Facebook auquel la journaliste et chroniqueuse Dorothy Alexandre a apporté son grain de sel. Avec son aimable autorisation, voici son texte suivi de quelques réactions

Dorothy Alexandre: boycott des coiffeuses dominicaines? Pas sûr!!

«Si vous choisissez de ne plus aller chez une coiffeuse d’origine dominicaine, faites-le parce que vous ne recevez pas le service à la clientèle attendu, vous faites un retour aux cheveux naturels ou toute autre raison qui justifie une telle décision pour votre portefeuille.»
– D.Alexandre

Un statut qui ne fera pas l’unanimité mais que je crois nécessaire. À mes frères et soeurs d’origine haïtienne qui appellent au boycott des salons de coiffure détenus par des Québécois d’origine dominicaine afin de dénoncer les exactions commises contre les Dominicains d’origine haïtienne et faire renverser l’arrêt 168-13 du gouvernement dominicain, je vous invite à la réflexion suivante.

N’est-il pas vrai qu’un tel discours tombe dans la marmite de l’amalgame, puisque ces coiffeuses sont des Québécoises comme vous et moi? Que leurs gouvernements sont ceux de Philippe Couillard et de Stephen Harper? Que nous avons dénoncé les fondements de la charte des valeurs québécoises, car nous jugions qu’elle ostracisait une partie de la population québécoise, plus particulièrement la communauté musulmane? Que nous serions les premiers à crier au racisme si les Québécois dits “de souche” nous boycottaient en nous demandant de faire pression sur le gouvernement Martelly afin de défendre une cause X ou Y?

d alexandre

Dorothy Alexandre, auteure de cet excellent article d’opinion qui fait jaser sur Facebook.

Le dossier de la République dominicaine est complexe du point de vue sociopolitique. Il ne s’agit pas d’une guerre de diaspora. Au contraire, ceux qui suivent le dossier de près sauront que nombreux sont les Dominicains, tant en RD, aux États-Unis qu’ailleurs, qui militent activement contre cette décision controversée du gouvernement dominicain.

Cette lutte ne pourra être gagnée sans les Dominicains, tant du pays d’origine que de la diaspora. J’aime ma communauté, mais les propos qui circulent présentement sur les médias sociaux reflètent, selon moi, une incompréhension de la teneur, de la sensibilité et de la complexité de la question. Si vous désirez faire mal à la RD, n’allez-y pas pour vous marier ou pour vos vacances, n’achetez pas les produits qui sont importés, n’encouragez tout simplement pas son tourisme, son économie. Si vous choisissez de ne plus aller chez une coiffeuse d’origine dominicaine, faites-le parce que vous ne recevez pas le service à la clientèle attendu, vous faites un retour aux cheveux naturels ou toute autre raison qui justifie une telle décision pour votre portefeuille.

Mais ici, parler de boycott, selon moi, révèle la même condescendance que lorsqu’on nous dit «retourne dans ton pays». Parce que notre pays, c’est le Canada. Notre province, c’est le Québec. Et les leurs aussi.

La question fait un débat houleux sur les réseaux sociaux.

James Rezile

Je n’ai aucun problème avec les Dominicains, en général. Je crois que la grande majorité sont de bons êtres humains. Cependant, on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs. En boycottant ces salons, il y aura un manque à gagner pour leurs propriétaires. Ces personnes mettrons la pression sur le gouvernement de leur pays d’origine. Quand c’est le temps de défendre la cause des autres, nous sommes prêts à monter aux barricades. Maintenant ce sont nos frères et sœurs qui ont besoins de nous. Arrêtons le «politically correct» et boycottons tout ce qui peut faire progresser la RD.

Ruth Pierre-Paul

Dorothy, je comprends ton point de vue. Par contre, la solidarité dont tu parles venant du peuple voisin je ne la constate malheureusement pas. Honnêtement, si elle était aussi palpable elle aurait pu faire reculer le gouvernement dominicain. Le lynchage d’Haïtiens à répétition sur la rue, dans l’indifférence ou l’approbation des passants, explique la réaction de la diaspora haïtienne de Montréal. Devant son impuissance à faire changer les choses il lui reste les actions qui sont à sa portée. C’est ce qui arrive dans le boycott.

Le fait de refuser de fréquenter des salons dominicains est un parmi les nombreux choix individuels ou collectifs que l’on puisse faire, tout comme choisir d’être végétarien ou végétalien; est-ce que le nombre est assez imposant pour faire mal à l’industrie de la viande, peut-être pas. Mais les convictions personnelles peuvent influencer nos choix de consommation.

Il ne faut surtout pas ignorer que l’argent soit le moteur de toute société et il contribue à leur développement. Les Haïtiens font rouler l’économie dominicaine, et la xénophobie dont ils sont victimes en sol dominicain est tout simplement horrible et inacceptable. En passant, lorsque j’étais à la manifestation du 7 mars devant l’ambassade dominicaine, il y avait à peine 130 personnes à ma grande déception. Où étaient les Dominicains de Montréal qui nous supportent?

Personnellement, je condamne tout type de violence d’où qu’elle vienne. Toutefois, je maintiens le fait que faire des choix de consommation qui peuvent nuire à l’économie dominicaine est une option parmi tant d’autres, de plus ça ne met en danger aucune vie humaine.

Milly Castillo-De La Cruz Meredith Brooks

Moi je suis d’origine dominicaine et je fréquente un salon de coiffure haitien. Ses filles la sont super sympatique et en aucun cas nous parlons de nos enjeux socio politiques, elle font d’excellentes coiffeuse en qui j’ai toute ma confiance pour fair des extensions ou des tresses etc… Tout le monde sait que les dominicaines sont reconnues pour leurs traitement et technique de coiffure blowout dominicain et nous nous traiton dans l’amitié et le respect mutuel. Je vois pas c’est quoi le rapport politique/coiffure entre femmes on doit s’aider pas s’écraser mutuellement !

Alex Figuereo Bonjour Dorothy:
Moi, je suis dominican d’origine, très inquiet avec la loi 168-13. Cependant, je ne suis pas d’accord en 50% de tel boycott. Vous ne savez pas que plus du 35% des emplois dans l’industrie touristique sont occupés par des Haïtiens. Votre facilité d’apprendre plusieurs langues est très bonnes. 25% de tous les étudiants universitaires sont haïtiens et leurs matricules coûtent le même que ceux de dominicaines. Alors que je suis très content qu’on se va rencontrer à Montreal pour clarifier un peu ça. Je vous embrasse d’Ottawa.

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Écrit par Jean Numa Goudou

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