Sunday, 19 November 2017
 
 
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Haïti ou Guy Philippe, dans la boue américaine?

Guy Philippe est retour le vendredi 13 janvier devant le tribunal de Miami afin de répondre des accusations américaines de trafic de cocaïne.

Haïti ou Guy Philippe, dans la boue américaine?

Le président élu Jovenel Moïse et son allié  Guy Philippe tous les deux en campagne dans la Grand-Anse


À l’aéroport de Port-au-Prince, policiers et personnel de la justice américaine jubilent. Un agent de la DEA tire Guy Philippe par le collet vers le pied de l’avion qui l’extrade vers Miami. Une prise de photo s’impose. Car, pour les USA, c’est une grosse prise après plus de 10 ans de traque.

Le belliqueux Philippe garde la tête inclinée tandis que les agents esquissent des sourires victorieux face à des téléphones intelligents qui immortalisent la scène. Pour la première fois, Guy Philippe, le militaire, le «dessalinien» n’avait pas la tête altière, et hauts les fronts.

Mais, peu importe le trou par lequel un Haïtien regarde les images de son arrestation, la gêne est poignante, l’humiliation est spectaculaire. Venons- en au fait. Guy Philippe est accusé, depuis novembre 2005, par les États-Unis, de conspiration pour passer en contrebande 5 kilos de cocaïne chez eux et blanchir moins de cent vingt mille dollars. Des activités qui se seraient déroulées entre 1997 et 2001.15874982_10208161590693107_8510412137512595707_o 15875127_10210482669956336_5266338990420820359_o

Remarque importante, les accusations sont arrivées après qu’il ait dirigé, en 2004, une rébellion armée (tolérée ou même cautionnée par les É.-U.) contre Jean Bertrand Aristide. Donc Philippe et les Américains se connaissent.

Évidemment, Guy Philippe a toujours nié toute implication dans la cocaïne et appelé les Américains à fournir la preuve du contraire. Les décentes incessantes de la DEA, aidé de la Police nationale haïtienne (PNH), à Pestel (Sud-Ouest d’Haïti), pour le capturer, ont toutes échoué.communiqué amba usa guy philippe arrest

  • -Le 17 octobre 1997, le président haïtien René Préval signe avec Madeleine Albright, secrétaire d’État américaine, un Accord de coopération policière en matière de lutte contre la drogue. L’Entente donne aux Américains des «droits de poursuite à chaud » sur le territoire haïtien. L’inverse n’est pourtant pas envisageable.

La prise

Dès l’annonce des élections haïtiennes au printemps 2016, Guy Philippe confirme sa candidature au Sénat de la Grande-Anse (Sud-Ouest). Contre toute attente, le Conseil électoral provisoire (CEP) le valide. Depuis, l’élection du mythique Philippe n’était qu’une formalité, ou presque, tellement sa popularité n’était plus  à faire.

Plus de 33, 000 Grandanslais l’ont choisi comme sénateur de la République. Guy Philippe cesse alors d’être un militaire aguerri, baisse sa garde et tente d’entrer dans la peau d’un politicien charismatique à la Aristide. Il annonce à la radio sa marche vers le parlement le 9 janvier, jour d’ouverture de la session parlementaire.

«Je marcherai de Martissant sans mes agents de sécurité jusqu’au parlement»-G.P. Il n’en a rien été. Le 9 janvier dernier, il croupissait plutôt dans une prison fédérale à Miami.

En prévision du 9 janvier et fortement imbu de son «immunité», Philippe sort de son trou à Pestel et  débarque à Port-au-Prince le 5 janvier. Le jour même, il récupère, en personne, son certificat d’élection dûment signé par les neuf membres du CEP.

Il s’offre ensuite une virée à la radio Scoop FM ou il prend la parole, participe à une mêlée de presse comme sénateur élu. « Comme sénateur, je vais lutter contre la corruption et sortir des unités de la PNH sous le contrôle d’ambassades étrangères», crane-t-il en point de presse.

Une des unités de la PNH,  justement le BLTS (brigade antidrogue), le guettait entre temps comme un chat face à un rat. Au sortir de la radio Scoop, Philippe est arrêté par la PNH et est rapidement confié à des policiers américains qui l’attendaient de pied ferme à l’aéroport de P-au-P.

La cas Fourel

Vous me diriez, et avec raison, qu’il ne s’agit pas d’une première. Fourel Célestin, président du Sénat sous le 2e règne de Jean Bertrand Aristide (2001-2004) a été arrêté puis extradé comme Philippe.

Dans les deux cas, le malaise haïtien est entier. La défaillance de la justice haïtienne est criante. Mais contrairement à Célestin, un acteur de l’ombre souvent retranché, Philippe, lui, a toujours été un extraverti politique. D’où le rayonnement de son arrestation et de son extradition.

Autre considération, les rumeurs d’implication de Guy Philippe dans la drogue sont connues depuis 2005. Le CEP dûment mandaté par Haïti n’en a pas tenu compte et a validé sa candidature et ensuite son élection.

De ce point de vue, le cas Philippe, sénateur de la République, appartient pleinement à Haïti. Car, comment une République unitaire peut, à la face du monde, élire un de ses sujets lors d’élections «crédibles honnêtes et démocratiques» et le livrer en pâture à un pays tiers?

Manigat avait dit non aux Américains

«Il y a quand même  des choses que je ne dirai pas, parce que ce sont peut-être des secrets d’État. J’étais au courant de tout ce qu’il faisait. Mais ce n’est pas Namphy qui a fait partir Manigat. Permettez-moi de me taire. Namphy n’aspirait pas à cela.

 Il y a comme une sorte de conjuration qui est partie du fait que Jean-Claude Paul qui était le chef  aux Casernes on voulait le faire arrêter parce qu’on prétendait qu’il était impliqué dans une affaire de drogue.

On l’avait déplacé. Manigat a dit, mais non, vous ne pouvez pas le déplacer, il est un officier des Forces armées d’Haïti. S’il a fait quelque chose, on le jugera ici.

On ne peut pas le prendre et l’envoyer aux États-Unis, comme un vulgaire quelconque. Nous sommes un État souverain. Il était intraitable sur ces questions-là.»- le notaire Ernst M. Avin,  ami de toujours de Leslie F. Manigat

Pour lire l’Accord dans son intégralité

https://fr.scribd.com/doc/85372351/Decret-portant-Raficification-de-l-Accord-USA-Haiti-sur-la-Drogue#from_embed

 

 

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Écrit par Jean Numa Goudou

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