Harcèlement racial : il gagne seul contre sa voisine blanche - Intexto, Journal Nou
- Home
- /
- Politiques
- /
- Harcèlement racial : il gagne seul contre sa voisine blanche
Clifford Boucard accompagné de Fo Niémi du CRARR. La Commission des droits de la personne ne lui a fourni un avocat pour l’aider.
Tenant compte du nombre de plaintes faites par Mme Gagnon à la police au moins deux par semaines pendant près de 10 ans » et sa tentative d’impliquer les voisins dans l’aversion qu’elle a pour la victime, le Tribunal des droits de la personne a condamné, le 4 mars dernier, Sylvie Gagnon à payer en dommages et intérêt Clifford Boucard 8 000 $ dans le cadre d’une affaire de harcèlement racial.
« La preuve a établi que Mme Gagnon faisait régulièrement appel à la police pour intervenir dans ses relations avec M. Boucard », écrit la juge Magali Lewis dans son ordonnance de plus de 20 pages. Elle affirme dans son jugement que les témoignages de Mme Gagnon sont un tissu de mensonges.
« Le Tribunal n’accorde aucune crédibilité au récit de Mme Gagnon selon lequel M. Boucard l’aurait volontairement fait tomber au sol à l’hiver 2019 en arrivant derrière elle en voiture, en klaxonnant et criant. Le Tribunal est par ailleurs convaincu que si M. Boucard avait réellement causé cet incident, qui plus est volontairement, Mme Gagnon l’aurait documenté et aurait appelé le service de police pour porter plainte. »
La police rendait visite au moins deux fois par semaine à Clifford Boucard en raison des appels répétés de sa voisine Sylvie Gagnon. La police se disait qu’il s’agissait d’une chicane entre voisins et ne faisait rien la plupart du temps.
« Mais j’ai eu l’impression que les policiers s’attendaient à ce que je fasse une bêtise un jour que je réagisse. Mais j’ai toujours gardé mon calme », indique M. Boucard à In Texto en entrevue.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase c’est quand Mme Gagnon a tenté de l’intimider alors qu’il était dans son entrée de garage tranquille. Deux jours après, la police est venue lui dire qu’il était en état d’arrestation pour «menace de mort à l’encontre de Mme Gagnon ». « Depuis lors je me suis mis en mode défense », confie l’homme noir d’origine haïtienne. Cela lui a coûté en frais d’avocat à la suite de son arrestation et il a gagné sa cause.
La victime, accompagnée par le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), décide alors de porter à la Commission des droits de la personne qui accepte sa plainte de harcèlement racial, mais le laisse se débrouiller seul devant le tribunal.
«Cette décision marque une rare décision judiciaire au sujet du harcèlement racial , puisque la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a souvent évité des cas de harcèlement racial, notamment ceux en milieu du travail qui sont souvent pris en charge par la CNESST, mais sous l'angle de « harcèlement psychologique », indique le directeur général du CRARR, Fo Niémi.
« Le Tribunal constate que les propos de Mme Gagnon à l’égard de M. Boucard véhiculent les stéréotypes racistes souvent associés aux hommes noirs, à savoir qu’ils sont plus forts, plus violents, plus agressifs, plus menaçants, et moins intelligents que les hommes blancs46. Le Tribunal ne croit pas Mme Gagnon et constate qu’elle épie M. Boucard et sa famille, sans raison. »
Mais, en dépit du jugement, Sylvie Gagnon ne s’arrête pas là. Selon M. Boucard, elle tente toujours de le faire fléchir en lui faisant des doigts d’honneur, « me lance des bisous de la main à chaque fois que je sors de chez moi »
Depuis qu’elle a perdu le procès et qu’elle a été condamnée à payer 8 000 $, elle n’a pourtant pas calmé ses ardeurs. « Je ne pense pas que je vais voir cet argent parce qu’elle ne travaille pas depuis des années, mais je ne vais pas lâcher », affirme M. Boucard.
« Considérant que M. Boucard subit du harcèlement discriminatoire depuis presque 10 ans et considérant l’acharnement de Mme Gagnon à son endroit, le Tribunal est d’avis que le montant de 8 000 $ qu’il réclame pour compenser le préjudice moral subi est certainement justifié », indique le tribunal dans son jugement.