Québec: une cinquantaine d’infirmiers recrutés à l’étranger aux abois - Intexto, Journal Nou
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Roselyne Koa Ndzana, une infirmière africaine courageuse qui a été congédiée car elle dénonçait sur les réseaux de médias sociaux les traitements injustes et discriminatoires que vivent plusieurs infirmières et infirmiers issus de divers pays africains (Côte d’Ivoire, Congo, Sénégal, etc.) et Fo Niémi du CRARR
Traitements et pratiques discriminatoires, tels que des accusations au sujet de mauvaises odeurs corporelles, certains se voient offrir des déodorants par leurs superviseurs, mis en échec pour avoir dénoncé les abus, des dizaines d’infirmières et infirmiers du Projet de reconnaissance des compétences à l’international (PRCIIRI) du Québec lancent un cri d’alarme après avoir été abandonné par la province.
« Les critères et pratiques arbitraires de ce programme de recrutement doivent faire l’objet d’enquêtes indépendantes au vu des traitements arbitraires et discriminatoires dirigés à l’endroit de nombreux infirmiers et infirmières issus de plusieurs pays africains francophones qui sont arrivés au Québec depuis un an », demande le Centre de recherche action sur les relations raciales (CRARR).
Le (PRCIIRI) vise à recruter et former 1000 infirmiers et infirmières francophones selon les normes du Québec jusqu’en 2024 et une centaine de professionnel-le-s de la santé d’origine africaine se sont installé-e-s en Abitibi-Témiscamingue, Montérégie, Saint-Jean-sur-Richelieu, Chaudière-Appalaches et Gaspésie, entre autres, pour suivre une formation d’appoint prescrite par l’Ordre des infirmières et infirmiers au Québec (OIIQ).
Une fois la formation réussie, ils obtiendront une attestation d’études collégiales (AEC) et pourront exercer à titre de candidats ou de candidates à l’exercice de la profession infirmière puis ils passeront l’examen de l’OIIQ en vue d’obtenir le permis d’exercice.
Dans le cadre du PRCIIRI, les participants reçoivent de l’aide financière de 500 $ par semaine pendant une période maximale de 62 semaines ainsi que des allocations pour les frais de garde d’enfants (40 $ par semaine) et pour le transport (100 $ par mois).
Les conséquences
• Quand un étudiant se plaint de l’attitude vexatoire d’une enseignante en soins infirmiers, il subit des représailles et un échec pour ce cours;
• Un échec peut entraîner l’exclusion totale du programme de formation et la perte des allocations monétaires pourtant nécessaires à la survie;
• Selon l’entente de participation, il peut travailler, à titre de détenteur de visa d’études, à titre de préposé aux bénéficiaires (PAB) pendant un maximum de 20 heures par semaine durant sa scolarité, au sein d’un établissement de santé. S’il échoue un cours, il est exclu de ce poste et ne peut travailler 20 heures par semaine, même pas dans un McDonald ;
• Même s’il cotise à l’assurance-emploi durant son travail de PAB, il ne peut pas recevoir d’assurance-emploi s’il perd son emploi à cause de l’échec dans la formation.
Par conséquent, plusieurs se retrouvent sans études, sans emploi et sans revenu, devant fréquenter des banques alimentaires. Plusieurs infirmiers sont aussi exposés à des traitements et pratiques discriminatoires, dont
• le fait d’être accusés de mauvaises odeurs corporelles. Certains se font vu offrir des déodorants par leurs superviseurs et des messages à cet égard ont été véhiculés dans leur milieu de stage;
• les infirmiers noirs en particulier ont été traités avec des attitudes fondées sur des stéréotypes coloniaux et sexistes;
• en signant l’entente de participation dès son arrivée au Québec, l’étudiant est lié au cégep et au CISSS de sa région. S’il échoue le cours fourni par le cégep, il ne peut s’inscrire ailleurs. Ces conditions excessivement restreignantes n’ont pas été expliquées clairement aux participants avant leur départ de leur pays d’origine.
Selon Roselyne Koa Ndzana, une infirmière assistante-cheffe au Témiscamingue qui a été congédiée après avoir dénoncé publiquement la situation par solidarité avec les infirmières et infirmiers africains, un grand nombre vit dans la dépression, la vulnérabilité financière et la peur d’être exclus et ensuite déportés.
« Ce sont des professionnels de la santé qui ont bien réussit dans leurs pays d’origine et qui ont choisi de venir au Québec pour bâtir un meilleur avenir, et ils se retrouvent maintenant avec des carrières brisées et un avenir incertain », dit-elle. « Il faut des mesures de redressement urgentes et drastiques pour les aider à survivre et à réussir à tous les niveaux».
« La situation des infirmières et infirmiers issus des pays africains nous rappelle celle des médecins formés hors du Canada et des États-Unis il y a vingt ans », déclare le directeur général du CRARR, Fo Niemi. « Le Québec a besoin de la main-d’oeuvre immigrante pour renforcer notre système de la santé et ce qui arrive à ces professionnel-le-s africains n’aide pas ».